jeudi 14 mai 2015

Puerto Natalés à Porvenir, porte de la Terre de feu.

du dimanche 22 au mardi 24 février 2015.

Etapes : Villa Tehuelches ; Punta Arénas ; Porvenir, porte de la Terre de Feu et son musée.

268 kilomètres pour 13 h 40 de selle.


Changement de rythme.

Souvenez-vous, hier soir samedi je suis rentré d'un trek dans le Parc National des Torres del Paine.
Il me faut revenir à l'organisation voyage à vélo, ce qui implique après la lessive re-dispatcher l'ensemble de mon matériel et vêtements dans les sacoches. Conséquence, ce dimanche je quitterai Puerto Natalés à 11 h 15.
Après avoir remercié mon hôtesse de  l'hôtel "Estella Del Sur" et salué Anne-Claire et Romain qui restent sur place, j'emprunte la route 9, dite "Route de la fin du monde"..
Le vent est de profil et parfois 3/4 dos selon l'orientation de la route. Lorsque la route tourne plein ouest le vent est de face et parfois c'est l'inverse lorsque la route tourne à gauche plein est. De vous à moi, c'est cette dernière orientation que je préfère. 
La marche en montagne m'a fait le plus grand bien. Cette cassure de rythme m'a permis d'accéder à des éléments que le vélo de route ne permet pas d'approcher. Reprenant le vélo mon corps s'offre sans rechigner à l'effort. Il sait que pour les trois jours à venir il n'y aura pas de ripio mais qu'il faudra jouer avec le vent en pleine pampa.
Accompagnez moi jusqu'à Porvenir pour visiter le Musée provincial consacré à l'histoire de cette province chilienne en Terre de Feu. Deux thèmes essentiels : l'activité minière aurifère et le génocide des autochtones "les SELK-MANS".

Route de la fin du monde! Ma prévision deux jours pour atteindre Punta Arenas.

Je suis en pleine pampa, sur ma droite la Cordillère.

Toujours des forêts calcinées pour laisser place aux pâturages.

Le ciel se couvre!

Prairies pour élevages extensifs avec ses milliers de kilomètres de clôtures.

Mon premier nandou.

Les nandous sont rarement solitaires.

J'avance,....

Pampa

Pampa encore et toujours.
J'ai rencontré de nombreux cyclistes qui trouvent monotones ces paysages.
Moi , au contraire je me trouve baigné dans une solitude exaltante et une variété de points de vues qui offre un rythme à cette immensité. Solitude tout simplement parce qu'il passe très peu de voitures sur cette route.

150 km au compteur, j'arrive à 19 h. à Villa Tehuelches.
Renseignements pris auprès de carabinéros le camping est interdit sur la commune. L'un d'entre eux me conduit près d'un bâtiment de boxes à chevaux. Les portes sont cadenassées, hautes d'un mètre quarante, le carabinéro me précise qu'il suffit d'enjamber pour y accéder. Si je peux avoir quelques réticences à loger dans ce qui ressemble à une écurie, très vite mon appréhension est dissipée car les locaux sont nickels. Le sol en béton est très propre, pas la moindre trace de saletés. Comme je vire depuis plus d'une heure à rechercher un bivouac possible ou tout autre solution j'adhère à la proposition.

Observez mon deux pièces en une, sans eau ni écoulement. Je ferai jusqu'à mon départ avec les deux litres disponibles dans mes bidons : toilette, dîner, petit-déjeuner.

Dans un angle la chambre à coucher!

Dans l'autre angle la cuisine. Elle est pas belle la vie?

Vue sur la ville de mon "appartement" avec la porte à mi hauteur. Il faut bien que les chevaux puissent passer la tête.

Ce bâtiment à boxes pour chevaux est quasiment neuf. Il ne doit servir qu'aux périodes de festivités, autrement dit entre une à trois fois par an. J'ai pu y dormir souverainement malgré le bruissement des murs en bac acier soufflé par le vent toute la nuit.

L'entrée du coral et derrière les tribunes. Tout est neuf. Je m'interroge sur cet investissement dans une ville en voie de désertification, plus de commerce si ce n'est qu'une "minable" épicerie avec une "personne aimable."

Le lundi je quitte vers 8 h 30 Villa Tehuelches après avoir rempli mes bidons au poste des carabinéros. Etait-ce bien utile? Dix minutes après mon départ ce magnifique arc en ciel m'annonce l'orage.

Je roule à l'ombre des nuages.

Avec ces longues lignes droites, les questions d'orientation ne se posent pas.

Sur ma gauche je double ces gauchos.

Un panneau attire l'attention des voyageurs pour ces sculptures en inox. Mon intérêt pour les arts plastiques m'impose un arrêt. Elles sont là, oui, pourquoi pas?  Ici ces trois structures rompent la ligne d'horizon. 

Souvent on est tenté par une interprétation.
J'en ai peut-être trouvée une trois mois plus tard en lisant le récit de Luc Devors "la Gomera à vélo" dans le n° 133 de la revue de Cyclo-Camping International. L'article est illustré par une sculpture proche de celles ci, elle symbolise la langue sifflée de la Gomera aux Canaries. Y a-t-il un rapport? Parmi vous mes amis érudits quel est votre sentiment?

Depuis mon départ de San Carlos de Bariloche le long des routes il se trouve des abris bus. Selon les régions leur architecture est différente et ne laisse pas indifférente. En cas de difficulté, malgré leur exiguïté, j'ai souvent pensé y passer la nuit en cas de nécessité, mais ce ne fut jamais le cas.

Un lac sur ma droite.
Arrivée à Punta Arénas.



A l'approche de Punta Arénas sur ma droite, le Détroit de Magellan.

Allée sur la plaza de Punta Arénas.

Petits commerces dans les allées de la plaza.

Port de Punta Arénas.

Contraste architectural sur la port.

Plate forme pour cormorans.

Mobilier en béton armé, il peut venter!

Quartier en couleurs.


J'ai navigué l'après midi à Punta Arénas. Ville de 130 000 habitants, je suis un peu perdu dans  ces artères  à forte concentration automobile et piétonne. Je n'avais plus connu cela depuis Buenos Aires. Cette ville fut pourtant magnifiée par de nombreux écrivains. Elle a perdu de sa superbe avec l'exploitation des hydro-carbures. Capitale de la région de Magellan et de l'Antarctique, l'élevage ovin et la pêche concourent à son développement économique. Sa position centrale dans le Détroit de Magellan en fait un port de relâche fréquenté. Elle est le passage obligé pour rejoindre la Terre de Feu au sud, Puerto Natalés et le Parc National des Torres del Paine au nord.
Ici trouver un camping signifie s'expatrier loin de la cité qu'il convient d'appréhender. Après avoir passé une nuit à l'hôtel "Monté Carlo" sur recommandation, au petit jour du mardi matin je me dirige vers l'embarcadère de "Trés Puentés" pour prendre le ferry qui m'emmènera en Terre de Feu.



Arrivée à Trés Puentés à 7 heures au quai d'embarquement.

Le bord de mer s'éveille.

Le ferry a déjà ouvert sa grande bouche pour engloutir passagers et tous types de véhicules y compris mon vélo,
 Je serai le seul cycliste.
 Il faut dire que depuis Puerto Natalés je n'ai rencontré aucun cycliste sur la route.

J'étais le premier passager sur le quai. J'ai vu arriver avec deux caddies un couple pour installer ce service petit-déjeuner une heure avant le départ du ferry. Il faut bien vivre!

En mer je passerai peu de temps sur le pont, la température est fraîche.
A bord j'ai fait la connaissance de Fernando Ossa. Il parle français, son père pêche le crabe géant, le transforme dans son usine de Porvenir. Lui Fernando se charge de son exportation vers la Chine. Il m'incite à prendre la route littorale sud pour rejoindre San Sébastian en longeant la Bahia Inutil, de faire un détour à Onaisin pour se rendre à la réserve de Pinguinos Rey.
Porvenir.

Avec 5 500 habitants cette ville est la capitale provinciale chilienne de la Terre de Feu. Elle doit son développement à la fin du XIX éme siècle par l'arrivée massive de migrants, notamment croates, attirés par la découverte de mines d'or. Je passerai mon après midi à arpenter ses rues entre averses. Une visite du musée s'impose. Calme, les pieds dans l'eau cette bourgade ne manque pas de charme et dispose de toutes les commodités.

Après trois heures de navigation sur le Détroit de Magellan : la Terre de Feu, j'approche de Porvenir.

Porvenir.

A l'entrée de la ville cette sculpture en bois représentant un Selk Man.

J'arrive sous la pluie à Porvenir j'opte pour cet hôtel de charme.
Suivent quelques vues de la ville.




La plaza.

 6 vues d'architectures typiques de Porvenir.






Au loin la route que j'emprunterai demain.


Dans la bibliothèque de l'hôtel Yendegaia en me plongeant dans un livre d'ornithologie
 consacré à la Terre de Feu, je trouve cet étrange oiseau au drôle de nom!
Visite au musée provincial Fernando Cordero Rusque.

Par commodité j'emprunte la présentation à mon futé: "Créé en 1980, le musée présente la culture des indigènes selk'man (une constante occidentale : on massacre une culture, on l'éradique, puis on lui dresse un musée pour évoquer ses mystères et sa beauté...), aborigènes de l'île, et retrace les étapes marquantes de l'histoire de la région: ruée vers l'or, colonisation,..."

Je passe sur mes prises de vues liées à la l'exploitation aurifère, rien de bien nouveau dans la connaissance commune de cette activité qui a et fait encore tourner les têtes. 

Depuis le début de mon périple nombreuses sont les tribus aborigènes, citées ici ou là, qui aujourd'hui ont disparu en raison d'un génocide organisé lorsque les maladies importées par les colons ne suffisaient pas à faire disparaître ces peuplades pacifiques. Elles avaient pour nom : Tehuelches, Alakalufs, Yamanas, Onas, Selk'mans, ... 
Nomades, chasseurs, pêcheurs et cueilleurs ils vivaient nus dans ces climats hostiles seulement protégés de peau de bêtes (guanacos ou loups de mer) qu'ils positionnaient sur l'épaule exposée au vent. Vivant dans des huttes de branchages, la découverte du feu qu'ils entretenaient avec rigueur leur apportait le seul confort domestique. L'appellation "Terre de Feu" fut rapportée par les premiers explorateurs espagnols de cette île au XVI éme siècle en raison de cette multitude de feux .  
Avec l'arrivée massive des colons au XIX éme siècle la cohabitation devint inextricable en raison d'un vrai choc de culture. Les colons s'approprient les terres, les clôturent et ne tolèrent pas la présence des autochtones. Ceux-ci trouvent la chasse du mouton ou du bovin plus aisée que la chasse du guanaco et autres bestioles plus rétives à se laisser chasser. Alors imaginez les représailles, flèches contre armes à feu, vous devinez la suite et le génocide qui s'en suivit.

En voyant ces photos  vous sentez-vous menacés?










J'ai vu ce personnage filmé, fabriquant des flèches en 1920, dans un autre musée à Ushuaia .











Sur ce type d'embarcation, fabriquée dans un tronc d'arbre, une famille pouvait partir plusieurs jours en mer dans le Détroit de Magellan ou le canal de Beagle. Une ou deux femmes pagayaient à l'arrière, les enfants entretenaient le feu au centre alors que l'homme harponnait à l'avant.


Cette peinture murale montre un massacre. A gauche un tueur d'indigènes vient retirer sa prime.

Selk'man.

Représentation de Magellan.


Voici quelques masques de cérémonie.





Embarcation selk'man.

Épilogue. 


Voyager à pied, à vélo ou autrement c'est aussi pour moi interroger le pays ou la région que je traverse. Confronté aux questions de minorités hors champ  de la culture dominante je sais l'existence de populations menacées. En Patagonie les aborigènes ont disparu, rien ne pourra les faire revivre. Les générations chiliennes et argentines présentent aujourd'hui ne sauraient être rendues responsables de ces génocides. Entre Argentine et Chili plus au nord de la Patagonie subsiste une population Mapuche réduite au statut de paria, comme peut l'être la population Rom en Europe.

Entre culpabilité et révolte contre un occident dominateur je me sens désemparé face aux exterminations présentes dans le monde. Sur le site "www.apre.vendee.over-blog.com"rubrique "Des tribus indigènes menacées dans le monde" publiée le 30 octobre 2009 par Fred Guyonnet j'ai relevé la liste suivante de populations à l'existence menacée dont certaines tribus ne sont plus composées que de trois  à une dizaine de membres:

Au Brésil: les Akuntsu, les Guarami kaiowa, les Kanoé (ceux qui ne seraient plus que trois), les Awa, les Enawene, les indiens du Brésil, les Yanomami.

En Colombie : les Nukak Maku, les Arhuaco.

Au Paraguay: les Ayoréo, les Enxet.

En Argentine: les Wichi.

Au Canada: les Innu.

En Australie: les Aborigènes, de 1 000 000 au début du XX éme siècle, aujourd'hui ils ne sont plus que 60 000.

Au Skri Lanka: les Wamiyala Aetto.

En Inde: les Jarawa.

Au Bangladesh: les Jumma.

En Malaisie: les Penan.

Dans l'Océan Indien: les Sentineles, les Grands Andamamais, les Shompen.

En Papouasie: nombreuses tribus papou.

En Russie: les Khanty, les peuples de Sibérie, les Udège.

En Guyanne française: les Wayanas, les Galibis, les Wayampis, les Emerillons, les Arawaks, les Palikours.

Au Botswana: les Bushmen.

Au Soudan: les Nuba.

Au Kénia: les Ogiek.

En Afrique Centrale: les Pygmées.

Je recommande ce site spécialisé sur l'actualité des minorités menacées dans le monde: 
"www.survivalfrance.org".

J'ai particulièrement apprécié le livre de Jean Raspail " Adios Tierra del Fuego" chez Albin Michel. Cet écrivain aventurier aime la Patagonie, il traite des derniers jours de la tribu des Alakalufs en Terre de Feu. Un récit captivant et terrible quand on se prend d'amitié pour ces populations qui ne demandaient rien à personne. En dernière partie du livre il évoque le royaume d'Araucanie et de Patagonie autoproclamé par le français Antoine de Tounens en 1860. Une aventure fantasque qui ne manque pas de sel.

Demain je reprendrai la route ému de fouler des terres spoliées.

A bientôt.